Le blog de PEB

Peb part pour de nouvelles aventures, une nouvelle vie. Blog destiné à ceux qui veulent suivre sa trace.

09 novembre 2009

Bali quelques jours

Bali_Oct_2009__24_Désolé de vous avoir laissé longtemps sans nouvelles sur ce blog, me voilà de retour de 8 jours à Bali, ça a été plus long que prévu car certains travaux commandés (encadrements) n’ont pas été prêts à temps. Peu importe, le séjour à Bali a été très agréable. Le « développement » de Bali prête cependant à quelques questionnements, je vous en ferai part.

Une première constatation, même en temps de « crise » et de basse saison, Ubud est toujours full full full. J’ai du changer d’hôtel pratiquement tous les jours. Je suis retourné (aspect pratique) dans des endroits que je connaissais déjà mais Gregory m’a donné les coordonnées d’un endroit (trois hôtels en fait) tout à fait charmant et d’un rapport qualité prix imbattable. Petites structures, maisons de deux étages réparties dans de luxuriants jardins tropicaux, une chambre à Bali_Oct_2009__68_chaque étage 6/8 chambres par hôtel. Décoration simple et sans faute de goût, silence absolu à peine à 5 minutes du centre d’Ubud. Sur les rizières. Et à propos de construction sur les rizières, une première réflexion sur l’extension d’Ubud.

Ce charmant petit village dans le centre-sud de Bali était jusqu’à présent l’apanage d’une clientèle haut de gamme qui goûtait aux charmes d’une nature assez préservée, de l’absence de discothèques, de la tranquilité luxueuse d’hôtels exceptionnels disposant de vues rares sur des rizières encore en activité. Le succès aidant (?), les touristes arrivant en masse (et appréciant Ubud visiblement), les hôtels, les restaurants et les boutiques en tout genre se sont surmutilpiées, ne laissant plus un espace libre et encore moins brin de vue sur la nature environnante. La construction est totalement anarchique. Bali_Oct_2009__65_Hier, les hôtels qui avaient construit des chambres ou des restaurants dont les terrasses donnaient sur de vastes rizières, se retrouvent aujourd’hui avec des petits malins qui ont acheté des terrains « sur » les rizières pour construire, eux aussi, des hôtels avec vue, bouchant la vue du voisin. Résultat des courses, le restaurant « Panorama » donne sur le mur arrière du voisin. Sympa non ? Les rizières sont censées appartenir à une « ceinture verte » pour préserver l’environnement (dixit la presse et les déclarations d’intention des autorités locales), en tous cas l’environnement visuel. Avec un bon argent de poche, les règles sont facilement détournées au profit de promoteurs immobiliers sans foi ni loi. Mais le touriste là-dedans ? Hélas, il à l’air de s’en foutre, habitué qu’il est, chez lui, à avoir un mur mitoyen pas loin de sa fenêtre. Quel gachis ! On assiste Bali_Oct_2009__137_ici à un véritable sabotage du patrimoine de cette île, ses paysages sont en passe de devenir des espaces confinés dignes de parcs d’attraction ou tout est reconstitué pour le touriste gogo.

Heureusement dès que l’on sort de la ville on trouve des coins formidables. Ouf, tout n’est, peut-être, pas perdu.

Je suis donc resté a Ubud pendant ces 8 jours, Made venant chaque jour me conduire pour faire des courses ou des découvertes de petites routes tranquilles et d’endroits somptueux et des traditions toujours vivaces (surtout en ce mois d’Hari Raya (merayakan = célébrer). Un mois de cérémonies non stop dans le temple de la famille (comme Made), le temple du village ou le grand temple, si on a les moyens. Partout sur les routes, des processions.

Nous avons pas mal roulé au cours de ces 8 jours, et, autre constatation, la circulation s’intensifie, se densifie de jour en jour et les routes ne s’élargissent pas.

Bali_Oct_2009__151_En pleine basse saison il faut 20 minutes pour traverser Ubud et slalomer entre les voitures individuelles de touristes et les mobylettes des travailleurs locaux (je n’ose imaginer en « haute saison »). Je ne parle pas du capharnaüm de Denpasar, Kerobokan et autres Semyniak.

Donc premier hôtel tout à fait charmant avec grande chambre sur les rizières, à deux pas du centre d’Ubud (navette à disposition). Dîner au Batan Waru, exemple type du restaurant « piège à touristes ». Déco très coloniale, chic, serveurs affables habillés de noir, recommandé par tous les guides. Bouffe très moyenne. Je commande un verre de vin australien pour accompagner un vague poulet qui porte un nom attirant. Le poulet est assez fade et sans intérêt (Nyoman fait mille fois mieux), le vin est ...balinais. Beurk. Je fais la réflexion à la jeune serveuse, qui tout souriante affirme que c’est du vin australien. Je lui demande de le reprendre il est dégueulasse (vraiment imbuvable, et pourtant ici je suis devenu beaucoup moins exigeant, mais je sais encore reconnaître un vin buvable à tout le moins). Le sourire n’a jamais quitté les lèvres des serveuses mais la note a été à la hauteur de la déco. Salée et chichiteuse, et le verre de vin australien plein pot. Je lui fais la remarque, rien à foutre ; des touristes c’est pas ce qui manque ici mon bon monsieur. On peut les arnaquer de bon coeur puisqu’ils reviennent. Très mauvais point pour la BATAN WARU. Heureusement qu’il reste un vaste choix de bons restaurant à Ubud. Pas celui-là. Rayé de la liste, sans regret.

Bali_Oct_2009__16_Le lendemain matin, j’ai dit à Made de ne venir me chercher qu’en fin de matinée (pour le laisser se reposer des fatigues de ce long voyage). Je profiterai donc d’un somptueux petit-déjeûner sur la terrasse, à la lumière du matin illuminant le vert tendre des rizières. C’est magnifique. La terrasse sur laquelle je me prélasserai quelques heures, sur de moelleux coussin de soie, à lire le premier livre emporté avec moi Le carrefour des écrasés de Claude Izner (pseudonyme de deux nanas bouquinistes sur les quais de Paris), une enquête très sympathique d’un libraire du Paris de 1891 sur des crimes crapuleux. Ca ne vaut pas Balzac mais c’est un plongeon agréable dans le Paris populeux et littéraire de cette fin de XIXème siècle. Divertissant, rien à redire.

Première journée consacrée à chercher des encadreurs car j’ai repéré à l’hôtel en type d’encadrement qui me plaît beaucoup. Simple, élégant, sculpture traditionnelle balinaise. Bali_Oct_2009__69_J’ai déjà repéré un endroit et un idée des tarifs, nous chercherons cependant ailleurs, pour comparer. C’est aussi une occasion de mieux connaître la région très dynamique d’Ubud, la vitrine de l’artisanat indonésien (pas seulement balinais). Chemin faisant je découvrirai quelques nouvelles boutiques dont un gars aux créations de meubles en rotin tout à fait intéressantes (à suivre). J’irai aussi commander des abat-jours pour deux vieux pieds de lampes français jamais utlisés à Paris, des lampes de chevet pour les chambres d’amis dans le même coin (certains clients leur ont reproché d’être un peu sombres pour lire le soir). Journée de crapahute au milieu de la cohue. Heureusement le lendemain, dimanche, tout étant plus ou moins fermé, j’ai donne sa journée à Made pour préparer les cérémonies de mardi et moi pour me poser. Je changerai juste une première fois d’ étage dans le même bungalow, puis d’hôtel dans le même groupe, pour une petit chambre tout à fait charmante donnant sur les rizières. J’adore, cela me permet de voir plusieurs chambres du même établissement. Inconvénient de cette journée de repos, le rythme des lectures s’accélère et je n’ai emporté quie 5 bouquins. Bali_Oct_2009__33_Donc je remonte le temps de 50 ans (1836) et me retrouve dans l’Istambul de l’entrée dans la modernité, a suivre les pas (l’enquête) d’un eunuque ayant découvert la résurgence d’un complot de Janissaires ayant réchappé au grand massacre du début du XIXème et voulant restaurer l’ordre ancien (tiens tiens cela résonne pas mal...) contre un  Sultan (Mehmet II) plus ouvert à la modernité. Intéressant sur le plan historique et la documentation détaillée. Le complot des Janissaires de Jason Goodwin. Epais mais vite lu. Je me penche sur un maître du polar noir américain, James Ellroy dont je commence à avoir lu pas mal de livres ; j’apprécie vraiment son univers un peu glauque et la peinture de ses héros qui ont le vague à l’âme dans une Amérique des années 50 pas très sûre d’elle.

Diner dans un de mes restaurants préférés d’Ubud, le Naughty Nury’s, où l’on sert dans une ambiance bon enfant d’énormes spareribs de porc dégoulinantes de graisse et une purée maison succulente (ça, pour le coup, Nyoman ne fait pas). Egal à lui même, pas déçu du voyage (c’est assez excentré).

Bali_Oct_2009__63_Le lundi, des l’aurore, départ pour le sud, la région que j’abhorre par dessus tout à Bali. Première étape dans une circulation intense (votre fermées tellement la pollution est étouffante), Sanur, pour l’agence consulaire de Bali, la représentation diplomatique la plus proche de ma résidence. C’est là que je dois m’inscire sur une liste dite de sécurité, l’ambassade souhaitant savoir ou se trouvent ses ressortissants. Le consul honoraire en profitera pour me recevoir longuement, très sympa et accueillant, nous échangerons ouvertement nos points de vues. Je lui parlerai de mon activité équestre a Lombok car il aime les chevaux et l’inviterai à découvrir cette belle région. Jolie petite résidence dans une zone très touristique, Sanur, a deux pas du MacDo, où l’air ne doit pas être bien respirable mais bon, chacun ses goûts.

Je filerai sur Carrefour (à tant faire, autant jour le jeu à fond), moderne, climatise, enclave et vitrine de la société de consommation à outrance, il y a de tout en abondance. La clientèle est un mélange de résidents (il y en a un paquet à Bali) et de riches balinais (il y en a un paquet aussi vu le prix des terrains, même le consul honoraire convenait que certains balinais perdaient totalement le sens des réalités avec l’arrivée massive d’argent frais (vente de terrains), tout d’un coup, dans leur famille). De quoi faire perdre son âme à cette île ? Bali_Oct_2009__60_Là est toute la question...

Je profite du Carrefour bien entendu pour acheter des confitures que je ne trouve pas ici, des savons aux parfums naturels et quelques vins. Près des caisses (nombreuses) des garçons en patins à roulettes répondent à la seconde à la sollicitation d’une caissière en manque de prix ou de référence sur un article. Super équipé. Vu de l’escalator qui nous mene au troisieme etage, le supermarche etant comme d’habitude construit apres une vaste galerie marchande, nous aurons une vue plongeante sur la « campagne » environnante. Pas joli joli.

Kerobokan, face à la prison, petit passage chez mon fournisseur de vins chez qui je prendrais quelques flacons pour goûter, il a eu un arrivage de vins chiliens pas cher.

Bali_Oct_2009__61_Sur le chemin du retour, dans le centre de Denpasar (chemin qu’on emprunte rarement car la ville est entourée de « bypass », de voies de contournement) on découvre toute la misère du monde, habitat plus que vétuste, rigoles débordant d’ordures, amoncellements et stockage d’ordures en plein air (et pas loin de zones touristiques) mais loin de leurs yeux fragiles. Ca fait froid dans le dos.

Retour à Ubud, malgré tout ce que j’en ai dit auparavant, paraît un refuge. Paraît.

Bon repas dans un petit warung local au bord d’une rizière où l’on mange assis sur des nattes, bonne bouffe fraîche, j’aime bien. On vous laisse tranquille à la fin du repas pour lire à loisir.

Bali_Oct_2009__82_Mardi, jour de upacara chez Made, la fête est prévue pour le soir vers 19 heures. Nous avons donc la journée pour aller faire un tour dans le nord, à Pacung, dans un hôtel ou je me suis déjà arrêté et repéré un ascenseur de fabrication locale. Cette fois je serais plus chanceux avec les informations, car en insistant auprès du sous-directeur, j’obtiendrais le nom de la société qui a fabriqué l’engin sur rails muni d’un contrepoids qui emporte les clients (et le staff) de bas en haut du site. En insistant encore j’aurais le portable du technicien qui assure l’entretien. Je ferais téléphoner par Made pour vérifier que le numéro n’est pas bidon. Le gars, très sympa, me dit que sa boite sera sûrement tout a fait prête à fabriquer le même type d’ascenseur à Lombok. No problem. Restons en contact. Sur le chemin du retour, évitons la grande route et passons par une route parallèle à la route nationale. Comme partout dès qu’on prend la tangente (merci Carole) on trouve son bonheur. Les paysages sont magnifiques, les villages restent authentiques avec leur disposition en « village-rue », tous les temples familiaux fraîchement décorés lors de cérémonies annuelles. Coloré et typique.

Bali_Oct_2009__106_Encore plus authentique car plus proche de moi (cela n’enlève rien a l’authenticité des autre cérémonies bien entendu), celle qui se déroulera le soir chez Made. Je croyais, au début, que nous irions dans la famille de Nyoman, mais que nenni, en se mariant la femme perd toute relation avec sa famille (il n’y a pas que chez les musulmans de Lombok que cela se passe, cela dépasse les religions mais a trait aux traditions indonésiennes millénaires). La soeur du père de Nyoman (cousine au sens balinais) du père de Made et des cousines de Nyoman seront de la fête. Nyoman considère sa belle-famille comme sa famille à part entière. Ses belles-soeurs sont ses soeurs (même appellation). Nous arriverons à la tombée de la nuit, le flash ne rend pas vraiment justice à la magie des lieux. Bali_Oct_2009__128_Petite cérémonie toute simple (nous sommes chez des gens peu fortunés) qui se saigneront aux quatre veines (ils m’emprunteront de l’argent pour participer aux dépenses de la famille et me rembourseront sur leur salaire). Les frères et soeurs déjà rencontrés lors de la dernière upacara me saluent respectueusement.  Tout le monde est donc assis au sein du temple de la famille (pas le même que le temple de la famille de Made), celui de la maison de la branche ainée (le frère ainé du père de Made) , c’est à lui qu’échoit le temple de la famille. Décoré de mille draperies dorees, de petits parasols, d’offrandes traditionnelles, le tout dans les vapeurs d’encens. Ici pas de musique (trop cher) mais on satisfait aux rituels ancestraux à l’aide d’un prêtre de la caste brahmane qui agite une clochette en psalmodiant des prières pour que le bonheur descende sur cette famille, que les récoltes se déroulent pour le mieux etc etc. Bali_Oct_2009__95_On invoque les ancêtres (le petit autel, le plus ancien dans le coin), on se recueille et on se fair bénir par aspersion par le prêtre. Ils me proposent de participer à la prière commune et bien sur je participerai en evitant de singer des gestes longuement appris mais en ayant une attitude meditative et recuillie. On s’adresse tous aux mêmes divinités, aux mêmes esprits, même si ils portent des noms différents, c’est toujours l’espoir d’un monde meilleur, d’un avenir souriant et sans obstacle qui nous maintient en vie. Je ferais aussi quelques prières pour le devenir de cette ile. Pendant que les filles non mariées (dont Kuming) participent à un cérémonial de fertilité, les hommes discutent. Cérémonial organisé autour d’une figure stylistique symbole composée de feuilles, de grains de riz, d’oeufs, de gâteaux. Bali_Oct_2009__118_Les filles porteront leurs offrandes sur la tête en tournant autour de la forme symbolique, un garçon d’une douzaine d’années portera un petit fardeau sur l’épaule, composé d’un poulet et d’un canard enveloppés dans des feuilles de bananier. Au cours du rituel, à l’appel du prêtre, une participante plus agée arrachera des plumes de poulet et de canard pour les faire brûler dans une petite lampe à huile entourée, elle aussi, d’une feuille de bananier. Suivent toute une série de rituels difficilement compréhensibles pour un néophyte. Bonne humeur généralisée ; quelques voisins viendront rendre visite et offrandes à la famille amie et seront à leur tour aspergés par le brahmane.

Cérémonie tout à fait délicieuse et familiale, je suis ravi d’y avoir participé.

Sur le chemin du retour coupure générale d’électricite dans le secteur de Gyanyar, la grande ville populaire de l’Est de Bali. L’île ne disposant pas assez d’électricite pour faire face à une demande croissante (et pour cause), on préfèrera éclairer les secteurs « touristiques » et laisser dans l’ombre des zones plus peuplées mais non touchées par le tourisme. Bali_Oct_2009__133_Sympa ! Et hop des générateurs à essence de plus en marche.

Made me raccompagnera à Ubud sur le coup de 22 heures, juste le temps de manger dans un délicieux restaurant Indien (pour changer) et de me coucher tôt. L’hôtel dans lequel je logerai deux nuits (Tunjung Mas) a un peu vieilli en un an, les murs s’effritent, et la salle de bain sent le renfermé. Bon, ce n’est pas tres cher, le cadre reste pas mal, sans plus, chaque chambre du bas ayant un petit jardin clos de murs (pas de vis a vis), mais on sent bien qu’alentour les constructions sont à touche touche et ne réservent guère d’espoir de perspectives divine. Il fait chaud et il ne pleut pas encore comme à Lombok, Bali_Oct_2009__140_ce qui est rare car normalement il commence a pleuvoir en octobre a Ubud. Un petit coup de climatisation avant de se coucher fait du bien, dans ces chambres enfermées entre quatre murs il n’y a pas beaucoup d’air qui circule.

Anecdote "Madéienne". J’envoie un SMS à Made pour lui demander à quelle heure il pense arriver, il me confirme elepan, par SMS, ce qui signifie, contrairement aux apparences, qu’il n’arrivera pas à dos d’éléphant mais à eleven, onze heures.

C’est bien assez pour aller faire un tour d’autres sculpteurs d’encadrements car ceux à qui j’ai montré les photos prises dans la chambre du premier hôtel ont tous dit, « ah oui, on faisait cela dans le temps ». Dans le temps ? L’hôtel doit avoir quatre ou cinq ans maximum et les peintures sont tout à fait récentes. Bali_Oct_2009__21_Petite réflexion donc ; cela signifie qu’aujourd’hui ces mêmes sculpteurs qui s’étaient transmis un savoir-faire unique de génération en génération ont tout simplement, en moins de dix ans, perdu ce savoir-faire. Mais ils ne l’ont pas perdu de leur propre fait. Pour vendre plus, et moins cher, toujours cette lutte des prix, ils ont abandonné une part de leur savoir-faire traditionnel, de leur patrimoine culturel, pour confectionner à la va vite des encadrements certes pas mal mais dont on voit bien que cela ne représente pas le même travail, le même soin, le même coup d’oeil de l’artisan. Claude Levi-Strauss dit tres bien qu’une société (une humanité devrais-je dire) qui perd ses repères culturels est une société en déclin. On fabrique des objets en fonction de la demande et du coup les objets perdent de leur authenticité. On recopie à l’infini des modèles simples de statuettes de chats, de bouddhas, de personnages indonesiens (toujours et partout les mêmes, comme à l’antienne). Où est passée la création artistique ??? On trouve aussi dans des fabriques des modèles de palmiers en bois peint déjà étiquetés « made in Martinique » Cela me fait étrangement penser à la réflexion de Jonathan Lassityer dans Mondovino qui dénonce la standardisation du goût des vins pour plaire à un public de moins en moins cultivé mais de plus en plus acheteur. Du coup les savoir-faire des vignerons se perdent (il y a des resistants heureusement) et les vins perdent leur caractère, ce petit morceau de magie qui fait qu’une année il y un miracle et que l’on s’en parle de génération en génération. Aujourd’hui il faut du vite fait, vite consommé, pour produire plus, Bali_Oct_2009__170_comme si on était pressé de mourir plus vite.

Et lorsque les jours suivants, je me promènerais sur les petites routes parallèles à ces « villages-boutiques » qui n’en finissent pas sur des kilomètres, je verrais dans toutes les maisons, un petit abri sous lequel des jeunes gens sculptent à la chaîne la même forme, sans fin, payèes une misère. C’est bien sur sans manquer d’évoquer les coupes franches pratiquées dans la forêt balinaise de jeunes arbes (teck ou autres essences) pour satisfaire à une demande toujours plus pressante. Et sur ces mêmes petites routes bien peu de jeunes forêts.

Au cours de nos pérégrinations des jours suivants dans les petites routes je verrai tout de même des valllées somptueuses au fond desquelles coule une paisible rivière, des routes s’enfonçant dans de vastes et sombres forêts, loin du touriste. Je verrai même des terrains à vendre dans un coin assez exceptionnel. A réfléchir.

Bali_Oct_2009__155_Jeudi, jour de visite au marché populaire et tres bien achalandé de Klungkung, une petite ville à l’Est de Bali. Nyoman connait bien c’est la qu’lle me proposera de choisir des tissus pour confectionner des robes de chambre en toile légère. C’est le marché de gros de tous les tissus qu’on retrouvera aux étals des boutiques d’Ubud ou Semyniak à des prix « touristes ». Ici on est dans le Rungis du tissu. En voyant cette abondance de choix on pensera aussi à faire fabriquer des chemises de service pour Made qui seront plus originales et propres que ses chemises défraîchies. Ensuite, j’achèterai des hauts traditionnels que Nyoman pourra utiliser pour le service également avec un sarong (en journée). Ils sont parés.

Bali_Oct_2009__163_En remontant au nord de Klungkung se trouve la magnifique vallée de Sidemen. La renommée a commencé à se répandre, quelques chantiers poussent à travers les rizières, espérons que cela ne va pas défigurer la région une fois de plus. Regardez ces lignes de fuite vers l’infini (ou presque), ces rizières à perte de vue, ces forêts toujours vertes. Ici nous sommes sur les flancs du Mont Agung et l’eau y est abondante. C’est une région que j’adore.

Le jeudi, comme les encadrements ne seront prêts que le vendredi, nous irons faire un tour dans le nord d’Ubud à travers les chemins de traverse. Bali_Oct_2009__199_Regardez ce qu’on trouve au coin du bois, au bout d’un chemin improbable à flanc de precipice (on a failli ne pas pouvoir retourner sur nos pas) ? Une jolie maison dans ce coin perdu et calmer serait idéale. Hélas le gars veut vendre un hectare et demie, c’est pas cher mais beaucoup trop pour moi.

Bon, plus loin, changement de décor, la route « nationale » que nous emprunterons sera coupée pour cause d’éboulement. Ces routes ont été fabriquées pour une circulation normale mais actuellement elles sont empruntées par de très lourds camions qui transportent les produits presque finis qui seront peints ou finis puis vendus plus au sud et en route pour les boutiques occidentales. Moralite détour, déviation, par une route charmante et des paysages grandioses à deux pas de la nationale.

Lecture du double volume du Cercle bleu des Matarese de Robert Ludlum, Bali_Oct_2009__207_une fiction bien fantaisiste (1979) ou les plus hautes instances du monde politique de tous bords (américains comme russes) seraient prises d’assaut et mises sous influence par les puissances de l’argent. Leur but, semer le désordre pour mieux créer une societe idéale ou seul le travail et la production intensive de biens matériels seraient des valeurs sûres....Fiction ?

Dernière nuit et retour dans la chaîne de petits hôtels que j’ai beaucoup apprecié (et dont je tairai le nom) pour une dernière nuit au calme et un réveil de bonne heure avec une lumière magnifique éclairant un jardin tropical éblouissant. Le massage de la veille m’a fait aussi le plus grand bien après ces heures passées en voiture.

Bali_Oct_2009__222_Alors Ile des dieux ? Mais quels dieux laisseraient les hommes saccager, par avidité, le patrimoine transmis par leurs ancêtres (ils ont bien raison de leur rendre hommage, leurs enfants feront-ils de même ?). Quels dieux laisseraient se dégrader par la main de l’homme le fragile équilibre de cet environnement pourtant magnifique. Ordures non traitées, laissées aux intempéries (et à la mer par éviction), derrière des murs pudiques ou au coin des villages, circulation intense de minibus climatisés, ou d’énormes camions transportant mille richesses, coupes intensives de forêts, ou construction anarchique... Quel dieux laisseraient ainsi péricliter une situation déjà bien compromise.

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29 octobre 2009

Journées bien occupées, mine de rien

Ciel_couchantD’abord Gregory et Sandrine de Bali Autrement (le meilleur intermédiaire pour vous aider à la découverte de Bali...hors des sentiers battus) sont à Kuta pour un court séjour, c’est toujours un plaisir d’échanger avec eux et de refaire le monde. Ils connaissent par coeur la région et sont toujours plein de ressources et d’histoires amusantes. Cette fois-ci comme ils sont avec mère, grand-mère (toujours en pleine forme) et enfants nous nous contenterons d’un apéritif à la maison suivi d’un dîner au Novotel. Super sympa, je suis rentré à quatre pattes (une exception). Les enfants et les adultes ont essayé de faire une longue ballade à cheval, au pas. Une bonne première expérience à renouveller. Un de leurs copains les accompagne, il m’a demandé un rendez-vous informel pour parler « cinéma ». Cela m’a fait plaisir de me replonger quelques années en arrière pour échanger nos points de vues sur ses idées. Je dois avouer qu’elles m’ont épaté de justesse et de novation, je n’en dirais pas plus ici, secret oblige. Cela devrait (ou pourrait) inspirer plus d’un distributeur de films en salle. A suivre de très près.

DSC01856D’autres amis de Dominique, que j’ai déjà invité à boire un apéritif et avec qui nous avons sympathisé sont aussi à Lombok pour 8 jours. Ils viennent de Batam, un île près de Singapour, une enclave industrielle (montage d’éléments électroniques, chantiers navals etc) à portée du marché géant singapourien. Ils connaissent par coeur Singapour et ils sont accompagnés d’un de leur potes qui adore les chevaux. Sans mesurer vraiment l’ampleur (ou le poids) de la tâche je lui avais demandé de me rapporter le très beau (mais très grand et lourd) tapis persan acheté à Singapour lors de mon dernier passage. Elle a eu l’extrême gentillesse de le trimbaler avec elle en avion jusqu’a Batam, puis ici à Lombok. Quand j’ai vu le bestiau emballé j’étais tout confus. Je ne les remercierai jamais assez. Donc dîner très sympa bien arrosé et ballade à cheval pour adultes et enfants le lendemain.

Fini les agapes, jeudi j’accompagne Made et Nyoman pour les fêtes rituelles de Bali dans la famille de Nyoman (Hari Raya). Nous resterons 5 jours à Bali, le temps de faire des emplettes, des encadrements, m’inscrire au consulat, enfin du travail un petit peu tout de même, et essayer de découvrir de nouveaux coins.

Litige_terrain_derrierePetit problème de voisinage en haut de la colline de derrière avec un gros porc d’Australien, responsable de la grosse agence de Real Estate locale « Exotic » (pas recommandable). Sur un terrain que je n’ai pas voulu acheter car trop en pente, à l’Est de ma colline, ce purulent analphabète est en train de transformer la jolie colline boisée en termitière dénudée, en mettant à nu la roche à l’aide de puissante excavatrices. Je vous livrerai des photos des dégâts écologiques dans un prochain blog mais a part les autorites locales (muettes), je n’y puis rien. Je ne vois rien de chez moi. Ce qui me fâche plus c’est que cet énergumène sans foi ni loi s’est autorisé à franchir la limite de nos deux terrains pour y creuser son nid. Voyant le bulldozer empiéter (de loin) sur mes terres, je lui ai envoyé un SMS rageur lui demandant de cesser immédiatement ses excavations sauvages. Il m’a repondu qu’il était resté dans les limites de son terrain. En fin de journée je suis monté examiner les dégâts. Il a une drole de facon de fixer les limites. Litige_terrain_derriere__1_Comme vous le constaterez sur cette photo, ma « ligne » de séparation va, en droite ligne, entre la borne grise (en bas) et l’arbre du fond. Lui, comme il n’a pas assez de place carrossable ou constructible il est venu tout simplement empiéter sur mon espace plat, trop facile. Arbres arraches, terre et caillous jetés en vrac dans le dépotoir qu’est devenu mon joli terrain boisé. Sans compter que la pente de la route en zigzag à 45 degres qui accède à cet espace microscopique sur lequel il ne pourra rien construire est faite de cailloux et de terre. A la première pluie tout s’effondre sur les maisons et les habitant en contrebas. Akhmad et moi avons alerté les habitant sur les dangers que représentaient une telle construction sauvage, il leur suffit de signer une pétition pour que les travaux arrêtent. Mais comme ce sont de modestes paysans ils ont la trouille de s’engager. Je suis bien decide a remuer ciel et terre pour faire respecter mon territoire et que cesse ce massacre environemental. Je l’ai sommé de remettre terre et cailloux en place selon la ligne de partage et non selon sa ligne imaginaire, il est en train de le faire. Parallèlement j’ai alerté la « police de l’environnement », une administration qui veille à la régularité des implantations. Il n’a même pas de permis de construire. C’est le Far West. Prochaine étape si les autorités ne bougent pas, la presse. Ils détestent surtout dans une période ou la région doit demeurer vierge de toute rumeur désagréable pour rassurer les éventuels investisseurs.

P1000552Lectures encore importantes pour me reposer la tête. Dans les bois éternels de Fred Vargas, un polar toujours bien ficelé, bien écrit, haletant jusqu’à la dernière page, plein de rebondissements, de chausse-trappes et de caractères bien trempés (comme je les aime).

Plus sérieux et toujours écrit dans la remarquable langue française du début du XXème siècle. L’âme de Napoléon de Léon Bloy : ou comment un catholique engagé mais un frondeur tous azimuts contre la bourgeoisie, nous expose son admiration sans bornes pour Napoléon Buonaparte (plus athée tu meurs). De magnifiques lignes sur le caractère, l’âme de Napoléon, c’est finalement ce qui reste de plus intéressant quand on a lu des biographies ou des livres d’histoire. Une vision de l’homme, de son époque, de son entourage, de ses prédécesseurs ou ses contemporains, de l’enchevêtrement des situations tout à fait extraordinaire. Décrivant l’Espagne « cette dominatrice d’une moitié du globe, deux siècles auparavantr, subsistait désormais comme une pauvresse farouche et inabordable dans l’échiquier de ses montagnes où ne pénétraient ;pas les idées nouvelles » ou l’Angleterre « la hideuse hypocrisie du protestantisme parcimonieux et arrogant des escompteurs de carnage et dinfâmie ». De Talleyrand et de Fouché « leur turpitude subit la contagion de sa grandeur »

Ciel_Dieu__1_Un roman français d’Eric Holder (je ne connaissais pas), Hongroise, une écriture très fine, sensible, toujours sur le fil de la poésie. La relation troublante d’un jeune médecin bordelais marié et d’une famille d’émigres hongrois vaguement courtiers en tableaux (un père haut en couleurs et deux jeunes filles ravissantes et fantasques).

Enfin La brêche d’Edgar Morin et Claude Lefort. Un livre écrit dans la foulée des évênements de Mai 68. Un livre écrit « sur le brêche, à chaud » et qui décrit et analyse la faille qui s’est ouverte dans la politique française, le tsunami qui a remué ses institutions en 8 jours d’agitation estudiantine puis ouvrière. Mais aussi une reflexion sur l’etat de la société en mai 1968. J’en ai appris énormemement en particulier sur la résistance des instances de gauche (en particulier le puissant bloc PC-CGT) qui a tout fait pour que le mouvement échoue avant de retourner sa veste et profiter de l’oportunite pour assener ses slogans habituels. Passionnant. « La vacuité politique de la gauche officielle, gardienne de fétiches mités et de mythes fétichisés, enfermée dans ses armatures bureaucratiques qui à la fois la paralysaient et la conservaient, tout cela était clair à bien des esprits. »

Ou encore « Ne peut-on pas se demander si, contrairement à la prophétie de Marx, le prolétariat de tend pas à trouver sa place dans la société moderne, à faire siennes les valeurs des couches dominantes, alors même que le bénéfice qu’il tire de cette intégration, reste pour un large nombre limité et précaire ? C’est tellement actuel, non ?

Ben« Dans un société saturée de discours et d’organisations, où la parole et l’action sont assignées à résidence, où il faut avoir sa place, décliner son identité pour avoir le droit d’agir ou de parler, ils (les étudiants) créent un nouvel espace. » Et un petit mot de Marx : « La tradition de toutes les générations mortes pèse d’un tres lourd poids sur le cerveau des vivants. »

Une révolution éclate quand on ne peut plus en haut et quand on ne veut plus en bas. A QUAND LA PROCHAINE ?

Temps superbe, très chaud, toujours pas une goutte de pluie, ciels somptueux et hier soir, Dieu comme on le représente à Lasseube (private joke familiale) en cadeau bonus.

Le nouveau petit chien, Ben, maintenant qu’il a un peu grandi monte à la maison et joue (ou dort) dans le creux des pattes de Khalos. Je suis ravi qu’ils s’entendent comme des frères. Il est super drôle quand il dort les pattes allongées comme prenant un bain de soleil.

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23 octobre 2009

Cinq jours, en effet, de balades intensives

Sept_09__40_avec trois cavaliers, un couple et une amie avec qui ils font toutes leurs randonnées. Ils sont tous trois bons cavaliers et adorent chevaucher dans des espaces vierges, ils sont servis ici. Ils ont pas mal bourlingué à travers le monde et semblent trouver à la hauteur l’ampleur des paysages que leur offre cette belle région de Kuta Lombok.

En même temps ça a été intensif, heureusement Eka m’a bien aidé en guidant parfois des fins de randonnées de deux grosses heures quand ma douleur aux aducteurs se réveillait à nouveau. La journée à Tanjung Aan a été une vraie réussite et le lever du soleil sur le Mont Prabu aussi, nous avons été gatés par le temps toujours beau. La chaleur en revanche est de plus en plus lourde jours après jours, les pluies ne vont plus tarder. Tout le monde tourne un peu au ralenti. Ils sont repartir ravis de leur séjour ici.

Côté lecture je ne me suis pas calmé pour autant. Deux livres L’homme du cinquieme jour de Jean-Philippe Arrou-Vignod, un excellent roman d’un jeune auteur qui nous entraîne sur les traces d’un professeur de paléontologie qui disparait de la ciculation après avoir émis des hypotheses peu académiques sur la survivance d’humanidés néanderthaliens dans des régions isolées du Caucase. Sept_09__39_Mais c’est aussi un roman d’initiation, sur la découverte de ses racines, sur la vanité du désir de connaître. Un bien beau roman, je ne me souvenais pas l’avoir acheté. Le second roman Moritori de Yasmina Khadra est un formidable polar, d’un macabre réalisme époustouflant, nous faisant découvrir les coulisses de la société algérienne, ses terreurs, ses vices et turpitudes. Une langue verte et vive d’une rare inventivité « Il croyait en un seul dieu, le seul dieu qui n’a pas besoin de prohète pour lui faire de la pub : le pognon ! ». Llob, un flic intègre tente de dénouer les fils d’une pelote d’intérêts mêlés : politique, finance, terrorisme, prostitution, raison d’Etat, traffic de drogue et d’influence... Partie truquée, dés pipés mais un superbe tableau de l’Algérie d’aujourd’hui, sans compromis. Epoustouflant.

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16 octobre 2009

Culture sous les Tropiques

P1000458Dans mes lectures du moment j’avais oublié l’important pavé de La sirène rouge, un superbe roman policier d’anticipation de Maurice G. Dantec. Je découvre ce qu’écrit cet auteur et j’aime beaucoup son imaginaire débridé (ah que j’airmerais débrider le mien et savoir coucher sur le papier des idées qui me passent par la tête).

Comme je me sens un peu patraque dans la digestion quotidienne (le retour a l’alimentation locale et la chaleur peut-être), je ne bouge pas trop de chez moi donc j’avale des lignes et des pages avec délectation, sur mon canapé, le regard parfois qui se perd sur la ligne bleue de l’horizon (désespérément bleu). Donc à suivre Le sang des Borgia, par le maître de la littérature « maffieuse » italienne Mario Puzo à qui l’on doit les Parrains bien sûr. Un plongeon dans cette Italie renaissante du début du XVIème siècle, le jeu d’alliances tant politiques que familiales, les relations sourdes entre les membres de cette fratrie étrange, incestueuse et sanguinaire, des trahisons, des empoisonnements, des stratégies Machiavéliques (le Maître n’a-t- il pas écrit Le Prince pour César Borgia, le fils du pape Alexandre qui sert de pivot àà cette histoire ?). Passionnant.

Copy__2__of_P1000769Un petit polar à l’ancienne Coups tordus a Hollywood de Stuart Palmer écrit en 1940 et qui nous fait plonger dans l’univers des grands studios américains, des producteurs omnipotents, des scénaristes capricieux (et parfois meurtriers), des jeux et des enjeux autour des films connus ou méconnus. Parfait aussi dans son genre.

Plus sérieux le Madame Beate et son fils d’Arthur Schnitzler. Chapeau bas bien sûr car on touche là au sublime de la perception des âmes humaines. Dans la simple histoire de vacances au bord d’un lac autrichien d’un mère (veuve) et de son jeune fils de 17 ans, l’auteur aborde toutes les facettes des non-dits d’une époque bien sûr, mais aussi des relations entre une mère et son fils fuyant l’emprise d’une mère, le souvenir flou d’un mari sublimé, des désirs obscurs (refoulés pour la plupart), un grand remous d’images sensuelles, des instincts, des passions. Freud lui-même vouait une grande admiration pour ce scrutateur des âmes. On ne peut rien citer sans le sortir de son contexte. C’est juste magnifique. C’est tout court mais tellement intense.

Les Borgia m’ont donné envie de relire Le fil de l’épée de Charles de Gaulle (merci Paul Rassam d’en avoir été l’intercesseur), une série de conférences écrites en 1927 et prononcées devant les élèves médusés de l’Ecole Militaire. C’est magnifiquement précurseur. Une seule citation de poids (imaginez la tête des officiers généraux qui assistaient aux conférences de ce jeune officer de 36 ans quand il déclare que, comme le dit Bergson « L’humanité gémit, à demi écrasée sous le poids du progrès qu’elle a fait ») quand il leur assène « Il est vrai que, parfois, les militaires, s’exagérant l’impuissance relative de l’intelligence, négligent de s’en servir. » Et vlan. Il remettait en cause tous les dogmes qui prévalaient dans l’armée française depuis la guerre de 14-18 (et la victoire). « Quand les talons claquent, les cerveaux se vident » disait Lyautey. C’est brillant et passionnant à relire.

Moment de détente avant-hier soir le film The boat who rocks, tout à fait enthousiasmant (en tous cas tout ce que j’aime au cinema) : inventivité de tous les instants en matière de cadrage et de montage dynamique sans forcément mettre la caméra au plafond, partition d’acteurs ciselée (tous plus talentueux les uns que les autres) et direction élégante (on sent qu’ils se sont bien amusés). Dans les années 70, les stations de radio « pirates » hébergées sur des bateaux au large des eaux territoriales anglaises défiaient les représentants conservateurs de Sa Gracieuse Majesté. Et pendant que les politiques cherchaient les moyens juridiques de faire taire ces trouble-fête, les auditeurs étaient de plus en plus nombreux ; l’enthousiasme de toutes les couches, de tous les ages de la société anglaise de cette époque sont formidablement exposés en un feu d’artrifice festif. Un vrai régal.

Serenting__passage_Moins régalant « Home » d’Arthus Bertrand, un peu pontifiant (c'est bien joli les buffles dans la savane mais bon ca fait pas avancer le schmilblick), je préfère le Syndrome du Titanic plus immédiatement parlant et dénoncant les dérives de notre société de consommation.

Passons au poids lourd de la réflexion philosophique mêlant adroitement l’anthropologie, linguisitique, histoire des hommes : le portrait d’un « humaniste » hors pair. Un coup de vent frais entre les oreilles.

Devoirs et delices, livre d’entretiens avec Tszvetan Todorov (je découvre cet auteur, pardon). Comment parler simplement de choses compliquées et fondamentales pour tenter de comprendre l’homme dans toute sa diversité et sa complexité. Ca remet les pendules à l’heure sur le chemin qui me reste à parcourir pour acquérir cette culture philosophico-anthropologique. Une merveille.

Juste un exemple, parlant de Raymond Aron, il dit «  Or ce savoir n’etait pas pour lui une fin en soi, comme cela arrive souvent aux specialistes, ecrases par leur erudition ; il le mettait au service du rais onnement, du dialogue avec le lecteur...pour que chacun puisse reflechir par lui-meme. » C’est le privilege des meilleures intelligneces que de pouvoir nous conduire ainsi par la main. »

Reçu aujourd’hui deux colis postaux envoyés de France (10 jours de transport c’est assez peu finalement. Dedans pleins de bons livres encore et encore, je vais me régaler.

Quelques disques également, dont les 4 Erste Lieders de Richard Strauss interprétés par Kiri Te Kanawa, CD que j’avais à Paris mais qui a disparu dans mon déménagement. Et puis une belle (une superbe devrais-je dire) découverte musicale, des chants profanes de Schubert par Hildegard Behrens et Dietrich Fisher-Diskau, « Le chant des esprits sur les eaux ». Après avoir fini un divertissant L’inconnue de Peshawar il ne me reste plus qu’à entamer Goethe.

Arrivée de nouveaux cavaliers pour 5 jours de balades intensives.

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11 octobre 2009

DSC01851Après le très très long message de la dernière fois je reviens à des espaces plus réduits. La relation de 15 jours européens prend beaucoup plus de place qu’une semaine ici, au bout du monde, à l’abri.

D’abord, un nouveau chiot a été adopté par Madé et Nyoman et s’entend fort bien avec Khalos, toujours attentifs et prêt à jouer avec le petit animal fougueux. Le petit Ben est tout mignon et pas trouillard. L’ancien a été retrouvé mort dans un fossé, sans doute a-t-il trop aboyé après un voleur en maraude. Ca a peiné les filles (et les parents) qui s’étaient habituées à cette présence.

Je suis redescendu dans ma petite maison après, quelques jours à profiter du grand espace ouvert sur la baie de Kuta, car j’ai des clients qui ont réservé pour une semaine.

Les bonnes lectures du moment : L’enfant léopard de Daniel Picouly (Prix Renaudot mérité 1999), nous fait revivre, sur un ton épique, les derniers jours de Marie-Antoinette et les complots (imaginaires ou réels) visant à sa délivrance avant l’échafaud. Une écriture virtuose, légère, des expressions toujours drôles et un regard original sur la période mouvementée. Une galerie de personnages hauts en couleurs (des manants, des aventuriers, des aristocrates décrépis, tout y passe) « Allons, citoyenne, vous imaginez un prince du sang noir ? - Messieurs quand on a des millions de rente on n’est pas noir. On est riche ! »

Sept_09__37_La du Barry (zozotante) « Z’ai gagné et j’ai eu une merveilleuse nuit de noces avec le roi. Voyez ! Z’étais destinée à être pucelle. Malheureusement, zeu suis née a Vaucouleurs où il n’y en a que pour Jeanne d’Arc. Elle m’a dégouté de l’emploi, alors j’ai tourné catin ».

- « Il a été émigré par des hommes qui lui voulaient une mauvaise partie »

- « Un ! mauvais parti. Les ennuis sont masculins »

- « Et souvent masculins pluriel »

Ad vitam ad aeternam de Thierrry Jonquet. Dont j’ai déjà pas mal parlé ici et qui est mort récemment. Dans ce nouveau roman policier-fiction, il nous fait croiser le chemin d’un étrange croque-mort qui prend sous son aile protectrice une ex-infirmière qui a eu des démélées avec la justice. Parallèlement un condamné à  une longue peine sort de prison suivi à la trace par un tueur à gages engagé par son ancienne victime. Un petit monde interlope qui cache bien des secrets. Destins croisés, un polar très imaginatif Toujours bien écrit et des idées originales comme s’il en pleuvait. Ici toujours pas de pluie mais une bonne chaleur dès qu’on met le nez dehors. Dans la maison, farniente (à part lire) tout va bien.

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07 octobre 2009

Retour au bercail

Ciel_couchant__1_Et voilà, 15 jours de folie parisienne et me revoilà dans mon petit coin de paradis, juste redescendu sur terre après avoir parcouru les steppes dévastées de la civilisation. J’avais confié la maison à Khalos et il a bien fait son travail, rien n’a bougé ici, même pas la terre, alors que Sumatra a été durement touchée par un tremblement de terre puissant et dévastateur.

Commençons par la fin ; chargé comme un baudet, je me suis rendu à l’aéroport de Roissy en RER (Station Luxembourg, pas tout près de chez Jean-Louis qui m’hébergeait place Saint Sulpice). Je pensais arriver assez tôt en pointant mon museau dès 20h30 pour un avion à 23h30. Que nenni. Le « progrès » avait encore frappé (apres s’être beaucoup défoulé sur ma pauvre tête pendant tout mon séjour français). Les places en issue de secours étaient toutes déjà attribuées. Mais comment est-ce possible plus de 3 heures avant le vol ? « Ah mais on peut s’enregistrer directement sur internet, c’est ça le progrès » me répond l’hôtesse. Air_FranceBien sûr, sauf qu’on n’a pas accès aux issues de secours car il faut que le comptoir puisse déterminer si la personne parle anglais est n’est pas handicapée, ces places là sont donc attribuées par les hôtesses du comptoir d’enregistrement. Surpise, l’hôtesse me rétorque que maintenant, avec les nouveaux comptoirs, on peut enregistrer 12 heures à l’avance, c’est aussi ça le progrès. En effet les comptoirs Air France enregistrent tous les vols Air France (quelque soit la destination) donc peuvent ouvrir plusieurs heures auparavant. Bon je le saurais pour la prochaine fois, cela veut dire petite visite de bon matin le jour du départ pour enregistrer ses bagages. Pas pratique mais le seul moyen pour avoir des issues de secours visiblement. A l’aller, à Singapour, j’avais été le tout premier à l’ouverture du comptoir Air France. Je demande, à tout hasard, si je peux me faire surclasser avec mes miles. Vu le prix dérisoire de mon billet je ne rêve pas mais bon je tenterai le coup. Bien essayé mais avec un grand sourire hypocrite et condescendant elle me dit qu’elle ne peut pas surclasser un billet au tarif « bétaillère » (elle n’emploie pas ce terme bien sûr mais le ton le laisse entendre, il signifie également, « mon pauvre ami, vous rêvez »). J’insiste un peu, il n’y a pas de raison, je me suis fait chier à faire voyager des stars américaines sur Air France pour assurer la renommée de ma compagnie nationale alors que ces extra-terrestres ne concevaient un voyage que sur une compagnie américaine. Je me faisais bien des illusions alors. Air_France_clase_affairesJe suis bien payé en retour. Je reste un voyageur anonyme. Comme il reste de la place en business, la « vendeuse » (comment l’appeler autrement ?) me propose de me vendre un ticket business avec mes miles. Pas de petite remise « miles » de dernière minute ? Non, mais bon pour 140.000 miles que j’ai en stock me voilà titulaire d’un fauteuil business tout neuf et tout d’un coup elle me gratifie d’un sourire gracieux et aimable, très « Air France ». Je me suis fait chier pour rien pour peser mes bagages car avec la classe business on peut exploser les limites de poids de la valise. Alors que je transporte avec moi un petit sac dans lequel j’ai entasse tout le matériel lourd (licol, longes etc) et laissé les confitures dans la valise car elles sont interdites en bagage accompagné (cf mon dernier voyage a Séville à Pâques).

Je retrouve les délices de l’attente en salon feutré de la classe affaires. Le seul problème de ces salons c’est la clientèle, forcément hommes et femmes d’affaires sûrs de leur supériorité sur le menu fretin des touristes. Ils sont penchés sur leur ordinateur portable et ont le téléphone collé à l’oreille (enfin parlent tout seul grâce à un appareillage d’agent secret accroché au lobe de l’oreille. Les conversations donnent envie de gerber car il s’agit bien souvent de millions de dollars (sur le dos de qui, va savoir ? peut-être de ceux qui voyagent en éco dans le même avion). Si ce n’était le confort des fauteuils pour mes longues jambes je serais resté en éco avec plaisir. Un petit coup de vin blanc et un sandwich et me revoilà parti de cet endroit idéologiquement nauséabond.

singapour_singapour5En même temps j’arriverai frais et dispos à Singapour après avoir dormi tout mon saoûl 8 bonnes heures sur les 12 heures de vol. Juste le temps de voir le Woody Allen qui m’a bien diverti et de finir de lire le Nouvel Obs (très belle chronique de Jacques Julliard intitulée « Leur morale et la nôtre », une réflexion vivifiante sur le libéralisme et le morale que j’avais envie de lire tout haut dans le salon business (page 48) « Ainsi les vices privés font les vertus publiques. C’est pour en avior convaincu nos contemporains que le libéralisme reste légitime malgré la déception qu’il suscite. Il a gagné la bataille intellectuelle contre ses adversaires : les banquiers s’en mettent plein les poches mais il en reste un peu pour les nôtres... » et, plus loin, « Le fécond amoralisme du libéralisme classique a fait place au brigandage pur et simple> ».« Nous sommes aujourd’hui dans une société aussi injuste, aussi illégitime que celle de l’Ancien Régime finissant. Elle finira aussi mal, je n’ai pas d’hésitation à le dire ». C’est aussi ma conviction.

Bref, après un petit stop d’une nuit à Singapour (petit hôtel à 50 euros, pas de shopping trop dépensé à Paris et Seville), me voilà enfin à Kuta Lombok, parmi les miens, retrouvant le calme et la serenite qui apaisent l’âme, on ne le dira jamais assez. Alors que Paris la rend tendue, nerveuse, amère, stressée. Tout y concourt il faut bien le dire.

Revenons donc à mon séjour parisien.

Velib_la_pub_pas_la_realiteBien entendu, Paris (comme toutes les grandes capitales) c’est la ville de toutes les tentations agréables aux sens : des spectacles, du cinéma, des expos mais aussi des boutiques en veux tu en voilà. Deux semaines dans cette pieuvre immense et résultat de ma pêche culturelle : trois films (dont une projection de presse), une pièce de théâtre, et ... deux corridas (ouf, heureusement de bons toreros). Pourquoi si peu ? Parce que Paris est une ville tentaculaire où l’on passe son temps à courir d’un point à l’autre tel des fourmis affairées. N’ayant plus de scooter, je me suis déplacé en Velib’ et en métro. Sur le principe c’est parfait, sauf que cela rend les déplacements souvent plus longs. Et puis le Vélib’ c’est parfait tant que cela fonctionne (voila ce que montre la pub). Et avec moi, on en est très très loin. Un soir, en rentrant de dîner avec mes amis Laurence et Aurelien vers l’Opéra Comique je me décide à rentrer chez moi en Velib’. Arrivé à la station Richelieu, plus de vélos si ce n’est deux épaves sans roues ou sans chaînes, à celle du Palais Royal, même carnage (à croire que tous les Apaches parisiens se sont précipités sur les scalps de ces pauvres vélos), un vélo me semble mieux que les autres (du moins dans cette partie mal éclairée de la rue Saint Honoré), je le sélectionne sur la borne (loin du deux-roues) mais arrivé sur le vélo je m’aperçois que la chambre à air, le boyau, pend lamentablement hors de son habitacle, tel un soldat mortellement blessé, le vélo est inutilisable. Je vais alors à la station située derrière le Louvre des Antiquaires. Même état des lieux lamentable. Mais où sont les vélos la nuit ??? Pas très content, je rentre à Saint Sulpice à pied et sur mon chemin c’est le même champ de bataille. Première amère constatation Vélib’ est un service exclusivement diurne et guerrier.

Velib_Paris_le_grand_bluffLa rupture des relations diplomatiques ne commencera que le lendemain quand, arrivé à la Sécu (près de la Mosquée de Paris, je ne suis pas trop dépaysé), une jeune fonctionnaire sans saveur me déclarera, à l’ouverture de mon dossier, que je n’ai plus de droits, en clair que je n’ai plus droit à la couverture sociale, que je suis devenu un paria, un clochard, après avoir cotisé pendant 30 ans, mais c’est quoi ce pays de merde ? Je lui explique que je suis toujours demandeur d’emploi et donc, à ce titre, devrais bénéficier d’une couverture maladie, elle est gentiment d’accord, il faut juste que je lui apporte un justificatif des Assedic (pardon Pôle Emploi, un nouveau mot pour un ancien service qui n’a rien changé de ses fonctions ni de ses manières castratrices). Il faut donc que j’aille à Alésia pour récupérer un tel document, la chasse est ouverte. Il fait beau et chaud, je me dis que je vais prendre un Vélib’ pour aller à la station sur la ligne de méto qui mène à Alésia. Je pose mon Pass Navigo (je suis équipé tout de même comme uin vrai citoyen parisien piéton volontaire) sur le borne et la machine inscrit sur son écran que je suis encore en possession d’un vélo, il faut que je le rende avant d’en prendre un autre. Un vélo en ma possession ? Mais quand l’aurais-je pris ? Je ne me souviens pas en avoir utilisé un ce matin et hier soir n’en parlons plus...vous connaissez mon aventure.  A ce moment là un gentil utilisateur (oui oui ça existe, surtout chez les simples citoyens-esclaves-utilisateurs des services publics) m’indique que j’ai probablement mal raccroché mon vélo précédent. Ah bon, mais quand ? Il me signale qu’on peut les appeler, le numéro est indiqué sur la borne. Et me voila donc parlant a une opératrice lointaine à qui j’explique mon cas rapidement. Je ne me souviens pas avoir loué de vélo et la machine m’indique que j’en possède encore un. Elle consulte son écran d’ordinateur, comme la machine, pas plus pas moins, et m’indique d’un ton sans empathie que j’ai loué un vélo hier soir à 23h30 à la station Palais Royal. Je lui explique que je suis en effet allé aux stations de la région Palais Royal tenter désespérément de louer un vélo mais que je n’y suis pas parvenu car tous étaient inutilisables et que le seul qui avait retenu mon attention s’était révelé, lui aussi, handicapé du pneu. Elle me répond, sans se départir, que j’ai loué un vélo au Palais Royal hier soir à 23h30 et que je ne l’ai pas rapporté. Un automate. Je répète encore une fois que je ne peux pas avoir loué de vélo (je parlerais à la borne elle même que cela ferait le même effet). Elle me dit alors que j’ai dû le décrocher par inadvertance (ça, c’est plus plausible déjà comme explication) à la station Palais Royal, borne 4 et qu’il faut que j’aille vite vite le raccrocher s’il est encore là car la location court depuis hier soir. Quoi ? La location court depuis hier soir ???? Mais je répète encore une fois que je n’ai pas pu le louer puisqu’il était inutilisable. Elle répète à son tour une antienne, qu’il faut que je retourne remettre le velo en place car s’il a été volé on va me facturer les 150 euros de la caution. Un discours bien positif et encourageant. A ce moment, tel Obélix, j’ai envie d’arracher la borne de son emplacement et de la mettre en pièces. La conversation est stérile avec cette machine (car la fille répond comme une machine sans chercher à comprendre, à entendre, ce que je lui dis et chercher une solution alternative). Elle lit les réponses qui lui sont affichées et proposées sur son écran sans bouger d’une ligne. Il n’y aucune option « chieur au bout du fil ». La pauvre, je la plains. Vive Velib’ le vélo de la liberté... de se faire arnaquer. Vive Decaux qui, avec l’argent qu’il prend aux publicitaires (dont j’ai fait partie et qui peut confirmer que ce sont des PIB de petits pays développés qui sont engloutis dans ce support) paye tellement bien ses employés des services clientèle qu’ils ne sont pas capables de répondre à des situations simples ! Je suis écoeure par ce monde de fous où nous vivons tous. Même un service convivial et écologique comme Velib’ est saboté au final par des industriels sans scrupules qui le gèrent en le rendant terriblement inhumain. Car à l’arrivée, je me suis rendu, à midi, à la station Palais Royal avec mes petites jambes et, à la borne, 4, remué le vélo incriminé (il n’avait pas pu partir bien loin dans son état catastrophique (et il n’avait pas été changé par les services d’entretien de Decaux depuis hier soir 23h30). La lumière magique s’est allumée signalant qu’il avait bien été remis en place. J’ai du, en m’appuyant dessus le déplacer légèrement et dèclencher la location. Inutile de dire que teigne comme moi, je suis allé à la Mairie de Paris pour voir un être humain représentant le service Vélib’. On m’envoie aux « Renseignements », mauvaise pioche. Le gars, gentil et accueillant, me tend la plaquette publicitaire de Velib’ pour me rappeler les règles d’utilisation. Oui, on fixe des règles aux pauvres utilisateurs (règles que je comprends bien) mais pour les entrepreneurs c’est le Far West, ils font bien comme ils veulent pour piquer du pognon. Aucun moyen de signaler un disfonctionnement, de déposer une réclamation. Pour ce faire il faut aller...à Plaisir dans les Yvelines, chez Decaux donc. C’est écoeurant. Pauvre monde. Mais j’écrirais une belle lettre avec la ferme intention de raconter mon histoire à Liberation (les meilleurs amis de Vélib’ me dit-on) si Decaux ne trouve pas de solution à ce dysfonctionnement de leur service. Le plus grave dans cette petite mésaventure c’est que je n’ai à aucun moment pu parler en tête à tête avec un être humain cohérent, un responsable (l’éternelle expression « appelez-moi le patron ! » a disparu, ils surfent sur Boursorama).

Le monde des machines robots d’Isaac Asimov est bien arrivé sur terre sans qu’on manifeste un quelconque frisson (« Et si la terre était l’enfer d’une autre planète ? » disait Nietszche). Vous imaginez bien que le document d’Assedic et le retour à la case Sécu a pris une demi-journée pour que la fille de la Sécu (oui, une être humian dans la fonction publique ça existe encore heureusement) me réponde que, vu ce document, ce doit être une erreur de leur part. Cela valait bien l’aller et retour à Alesia. Pas de cinéma cde jour-là.

Comment voulez-vous qu’avec de tels obstacles devant eux les parisiens soient des gens sereins ? On peut comprendre leur mauvais caractère, je comprends moins leur passivité.

Heureusement, dans ce maelström je retrouve ma famille et mes bons amis de toujours, les fidèles. De bons moments partagés. Mais parfois quand je parle avec certains d’entre eux, je me sens tellement éloigné de leur mode de vie, de leur mode de pensée, forcément (modes de vie qui étaient les miens jusqu’à encore récemment). Je les sens aveugles et sourds aux dangers qui se présentent devant nous, aveugles devant ce qu’est devenu notre monde, immergés qu’ils sont dans ses tourbillons, tentant de nager dans le sens du courant dominant. Je me sens renvoyé dans ces diners bourgeois de l’Allemagne de 1936 où l’on parlait de l’avenir avec confiance et suffisance, sans se rendre compte des dangers à venir.

le_syndrome_du_titanic_6Le reste de la semaine sera la course aux emplettes diverses, du simple mesure-eau pour la cuisine, aux thés de luxe pour mes clients, en passant par les robes pour petites filles chez Tati (robes que je ne trouverai pas car c’est l’automne et il n’y a que des couleurs tristes, des manches longues et des cols roulés).

A propos de Tati, je vous recommande de faire en metro le voyage Barbès-Rochechouard – Saint Sulpice (puisque c’est la que je loge, privilegié que je suis). Le voyage anthropologique vaut le déplacement. Nous sommes dans la même ville, le même pays et pourtant on a l’impression de passer de la planète « misère » à la planète « surabondance » en moins de 20 stations. C’est impressinnant comment ces deux mondes cohabitent sans heurts alors que tout appelle à la rébellion, à la révolte, à l’insurrection. Dans le quartier de Saint Sulpice, rue de Rennes, Mabillon, Odéon, toute ce petit monde m’écoeure, ces jeunes cons (futurs petits ou grands chefs d’entreprises) qui se la pètent avec leurs pompes à 400 euros (la moitié du salaire d’un smicard chanceux) et qui parlent entre eux de la nouvelle chaussure confortable Loewe ou Prada, « mortelle non » ? C’est cette surabondance de biens (et d’envies) inutiles qui nous enterrera tous.

le_syndrome_du_titanicCe sujet m’entraîne à vous parler de ce film de Nicolas Hulot vu en projection de presse (merci Toto) « Le syndrome du Titanic ». Je m’attendais à voir un énième film sur la fonte des glaciers, le réchauffement de la planète et tutti quanti. Eh bien non, c’est exactement ce que je voulais voir, c’est le type de film dont on devrait imposer la vision obligatoire dans les écoles. Hulot a plutôt pris le parti pris de dénoncer le fossé qui se creuse inexorablement entre les pays d’abondance (et surabondance) et les pays en plongée dans l’abîme de la misère (morale, humaine, économique). Les images sont parlantes, magnifiques de démonstration de l’évidence. C’est simple, nous allons dans le mur et il nous montre comment. Seul bémol au film, le commentaire, un peu ésothérique et faussement philosophique. La simplicité des mots est souvent le reflet d’une intelligence et d’une pertinence, d’une évidence du discours. Le film y aurait peut-être gagné en éclaircissements de la démonstration. Il faut aller voir ce film pour mesurer l’étendue des dégâts.

Le second film cette semaine-là est le Tarantino, une farce avec laquelle je me suis régalé sans hésitation.

Mais ma course à l’échalotte m’aura fait manquer District 9 dont on me disait le plus grand bien ou Fish Tank ou les résistants de Gédigian. Je ne pouvais cependant pas manquer le fantastique Un prophete d’Audiard fils. Ouf, quel coup de poing dans la gueule que cette vision du monde carcéral, usine à délinquants et centre de formation au grand banditisme agréé par les La_cage_aux_follespouvoirs publics (avec leur complicité active en tous cas). FORMIDABLE !

Dans la rubrique « spectacles », je demande, le spectacle vivant. Bon les murs de Paris, en cette rentrée théâtrale affichaient bien des chose attirantes mais mon emploi du temps ne m’a permis que d’aller voir mon ami Fifi dans La cage aux folles, dans le rôle de la méchante Mercedes. Bon, je dois avouer que j’y allais avec des pieds de plomb car la presse était incendiaire (ah, pour ces choses là les journalistes savent faire couler de l’encre bien inutile). Le résultat ne vaut pas leur acrimonie. En deux mots c’est un pièce ou les acteurs s’amusent et cela se voit, cela se sent, les spectateurs sont ravis. La_cage_aux_folles_l_originalFifi, bon comedien, est un parfait interprète. Enfin, ce qui sauve le paquebot, la pièce est fort bien écrite par le talentueux Jean Poiret. Seulement voilà, Jean Poiret (pour avoir travaillé avec lui sur Le Zèbre) était tout raffinement et élégance, adjectifs que je ne saurais attribuer à Christian Clavier, loin de là. Certes la pièce n’a jamais été télévisée donc je ne l’ai jamais vue (à part le célèbre extrait de la biscotte), mais dans cette version « modernisée » Clavier en fait des tonnes, il fait du Clavier. No comment, je n’aime pas trop. Bonne surprise en revanche avec Didier Bourdon qui apporte au caractère créé par Michel Serrault une humanité, un poids (dans tous les sens du terme) très original et tout à fait plaisant. Coup de chapeau donc et bonne soirée.

Daniel_LuqueEn matière de spectacle, Séville aussi a su me combler. D’abord le spectacle de cette ville andalouse parcourue de calèches et de chevaux tous plus magnifiques les uns que les autres, des petites rues paisibles et leurs maisons blanches chaulées d’ocres (s’il n’y avait pas tant de touristes ce serait parfait). Ici, on sent que la crise est particulierement severe, partout des panneaux annoncent « Se vende » et l’immobilier s’effondre.  La vie y reste douce cependant, les légumes généreux (petites fèves aux jambon ou coeur de laitue et tomates délicieuses) ou ses fruits (oranges au goût unique) savent rappeler au voyageur de passage que la fierté d’un pays réside aussi dans son agriculture respectueuse des traditions. Les traditions ici, c’est aussi les chevaux tous soignés comme des voitures volées. Les magasins d’articles de guarnicion voisinent les vendeurs de chaussures ou de lunettes (inévitables funestes remplaçants des petites boutiques traitionnelles). Il y a le choix. Les prix y sont doux et la qualité irréprochable. Les confitures aussi sont des merveilles et je me chargerai de rapporter en Indonésie force marmelades de Frutas del Bosque ou de Melocoton (à ce prix-là pourquoi se priver). Seul inconvenient, le poids. Je resterai raisonnable car les compagnies aériennes ne le sont pas en matière de taxation.

Jose_Tomas_BarcelonaSeconde tradition, que dis-je tradition, religion, ici la corrida et les toreros. A l’affiche de beaux cartels. Certes à la dernière minute Barcelone affichait en deux jours José Tomas (mon préféré), Manzanares hijo, Morante de la Puebla, du très lourd, mais je n’ai plus les moyens d’annuler un billet d’avion ou une chambre d’hôtel alors je me suis régalé à Séville avec le même Morante de la Puebla le premier jour en mano a mano avec le petit Sebastien Castella. Les taureaux etant tous invaslides et manso le spectacle a été catastrophique. Le lendemain, les arènes au tiers pleines seulement, les toreros brillaient plus : Antonio Ferrera vaillant et virevoltant aux banderilles sous toutes leurs coutures (volepie comme  a quiebro) magnifique démonstration. Alejandra Talavante (découvert à Madrid il y a quelques années), toujours interessant dans son immobilite face au taureau (un très beau lot ce coup-ci) mais pas très spectaculaire (moi je me suis régalé de son temple) et puis le nouveau jeune génie du moment Daniel Luque, révélant un courage et un opiniâtreté face à des cornus difficiles (sauf le premier bon compagnon de route du jeune maestro). Suave, lent, templé sans rompre, entourant la bête de son étoffe généreuse, nous offrant des moments de pure grâce. Deux oreilles méritées et à deux doigts d’en couper une troisième au second taureau. Tour de piste avec un large sourire aux lèvres. Le soir, après l’inévitable apéro qui dure des heures, dîner sympathique avec des amis français restés sur place. La veille nous avions dîné dans un excellent restaurant de poisson avec Cédric, Pépita et des personnalités sévillanes.

Bref un beau et bon séjour à Seville. Khalos et Kaghatos.

lord_byronDeux jours express à Paris (sous le beau temps merci mon Dieu) pour finir mes courses en courant et hop le retour.

Les lectures ont été momentanément suspendues par la vie parisienne (je ne m’étonne plus que les français lisent si peu, avec la vie qu’ils mènent).

Depuis avant-hier, uen fois l’ordinateur réparé par Edi du Novotel (trop de fourmis dans les circuits), j’ai fini un livre « policier » se déroulant sous Louis XV (Le fantôme de la rue Royale) et ai dévoré La diététique de Lord Byron de Gabriel Matzneff qui donne envie de lire l’intégrale Byron forcément « Byron lui-même ne disait il pas qu’il ne retenait d’un ouvrage que ce qui vivifiait ses propres pensées et ignorait le reste ? ». Byron qui a enseigné à Matzneff « le courage, et pas n’importe quel courage : le courage désinvolte d’oser être celui que je suis.»

Byron qui n’aimait pas le passé, le doux passé, et savourait l’instant présent avec d’autant plus de gourmandise qu’il le savait fugitif.

Car comme le disait le byronissime Ivan Karamasov « O toi, Dieu éternel ! Peux-tu demeurer calme en présence d’un monde tel que celui-ci ? »

De la lecture de tels auteurs on sort plus fort.

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15 septembre 2009

Double vie, simple vie

Ciel_couchantFini le Double vie et me suis régalé, même si cette histoire d’infidélité conjugale ne me parle pas trop, la description et l’analyse des émotions des époux est formidable. Morceau de choix, le chapitre 5, un dîner mondain chez des amis de sa femme avocate « toute réunion d’individus prenant l’allure d’une comédie jouée à leur insu à tous pour le privilege d’un seul. » « On peut même assister à un spectacle rare : des gens qui parlent et qui pensent en même temps. Qu’importe si l’on est superficiel du moment que l’on couvre une grande superficie. »  Et tout à l’avenant. La description et les interventions des participants à ce dîner grand bourgeois est à tomber (j’ai déjà vécu cela).

Pour me changer les idées, lu le « Ne le dis a personne » de Harlan Coben, un best-seller mérité, haletant jusqu’a la fin, très bien ficelé et franchement enthousiasmant dans le genre.

P1000801Plus sérieux mais tellement parlant pour moi en ce dernier jour de séjour ici –avant une plongee en apnée dans la tourmente parisienne - , pour mieux apprécier et mettre en mots sur mes impressions quotidiennes Esthetique du pôle Nord. Bon vous me direz, le pôle et Kuta Lombok, pas grand chose à voir. Certes mais ce livre écrit à l’occasion du voyage de Michel Onfray avec son père (agriculteur taiseux) qui rêvait de voir le pôle Nord et qui lui a offert ce voyage à l’occasion de son 80ème anniversaire. Si on y parle du Nord et du froid, bien entendu, on y parle aussi de paysages grandioses, de civilisations en perdition, de traditions orales qui se perpétuent malgré la civilisation envahissante. Tout ce que j’aime.

« La vastitude transfigure l’être humain en fragment, en tout petit morceau installé dans un temps limité, mais évoluant dans l’éternité d’un perspective à perte de vue. »

« L’être tout entier dilué dans le spectacle, l’attention subsistant pour conserver en soi la part active de la conscience prête à sombrer dans la majesté des choses vues. »

Horse_free_on_Mount_Prabu« La nature à l’état pur, sensation de lendemain de création du monde, impression pour le regardeur d’être contemporain d’un avènement de la planète, d’une création immanente de continents, de volumes, de découpes, de relations – l’eau et le terre, la montagne et la mer, la côte et le rivage... »

« En pareils moments, le corps devient ; il cesse d’être confiné dans une identité immobile ; il devient pierre, eau, il devient animal ou lumière, il devient espace et s’étend aux limites du spectacle de la nature. La conscience se dilue dans le grand tout, le processus d’identification au monde s’accélère. Le panthéisme s’éprouve alors sûrement à la façon dont les premiers hommes l’ont experimenté : des peurs, des craintes, des angoises, des sentiments mélangés, troubles devant l’immensité qui nous contient, déborde et dépasse. L’origine de la religion se trouve probablement dans le sentiment existentiel et visceral experimenté dans le milieu et face à la nature sans limites. Copy_of_CIMG4803L’agenouillement devant une vaste étendue de mer...a sûrement créé jadis des dieux et des liens avec la magie du monde. »

Des réflexions essentielles quand on est loin des tumultes du monde : « L’Inuit d’origine est un épicurien au sens strict du terme...réduisant son plaisir à la seule satisfaction des désirs naturels et nécessaires : boire, manger et dormir quand le besoin s’en fait sentir, en dehors de toute considération d’emploi du temps ou de chronologie sociale. Point ne parait nécessaire de courir après la réalisation de besoins non naturels ou non nécessaires : les honneurs, l’argent, les richesses, le pouvoir – pour quoi faire ? »

Superbe aussi la réflexion sur la tradition de civilisation orale. Une autre sur les vertus et la richesse du silence. Bref à lire.

Tout cela suspendu sur ma terrasse, « quand le soleil fond le jour, appelle la nuit et se nourrit des énergies chaudes du jaune feu dégradé par la journée bientôt terminée. »

Demain, avion et nuit à Singapour car la connection avec mon avion d’Air France est trop courte (40 minutes) mais le billet était tellement bon marché....

Sept_09__19_Je laisse a Khalos le soin de garder la maison....

....En fait, je suis deja en escale a Singapour... parti bien avant l’horaire nous sommes arrives a 21h30, ce qui m’aurait largement laisse le temps d’attraper la connection avec le vol de 22h50 mais bon je ne savais pas. Une nuit a Singapour dans un petit hotel cheap mais propre (eh oui retour aux valeurs fondamentales : dormir, lit, douche, pas plus). Journee shopping (enfin leche vitrines pour trouver une carte du ciel austral et mieux connaitre mes etoiles, echanger les talky walkies defectueux et en acheter deux autres et puis un petit tour chez des antiquaires qui ont de belles gravures (des personnages malais ou indonesiens anciens ?)

Je suis a Paris demain mercredi 16 septembre des 7 heures.

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12 septembre 2009

Je suis ravi de mon entreprise d’élagage car je retrouve l’impression de m’envoler. Chez moi. Un couple d’oiseux de Paradis tout bleus est venu nicher dans les branches restantes. C’est magnifique.

Lecture, lecture intensive ces jours-ci. Entre deux surf sur internet pour préparer mon retour à Paris (pas mal de détails à régler car, pour des raisons trop longues à expliquer ici, je n’ai pas de logement pour ce séjour, je suis hébergé par des amis).

Peb__3_Toujours autant de lectures extensives. La mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé, nous entraine dans une Antiquité imaginaire où le dirigeant d’un grand royaume voir s’effondrer son empire pour d’obscures raisons de succession, de mariage, de promesses non-tenues, de jalousies. L’humanité en marche ! Toujours aussi bien écrit. Puis le détendant (mais pas très intellectuel) Empire des anges de Bernard Werber sur les péripéties d’une bande d’anges gardiens au travail auprès d’humains peu coopératifs. Drôle et imaginatif. Le formidable Et on tuera tous les affreux de Boris Vian, un polar futuriste écrit en 48 qui dénonce déjà le règne du corps parfait à travers une intrigue menant sur les pas d’un étrange clinique où règne un médecin qui manipule des gènes humains. Quel poète ce Vian ! Et me revoilà chez Pierre Assouline dans sa Double vie surpris en flagrant délit de ré-utilisation de la même formule (brumeux avec quelques éclaircies) mais c’est toujours aussi bien vu et écrit, il lui sera donc beaucoup pardonné.

Temps magnifique, nuages en fin de journée et quelques gouttes bienvenues.

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09 septembre 2009

Photo et livre du jour

Sept_09__34_Puisque je suis remonté dans ma maison, je profite aussi du DVD pour voir (ou revoir) quelques films tels que « Un conte de Noel » d’Arnaud Desplechin, découvrir « Wrestler » de Darren Aronofsky avec Mickey Rourke dans le rôle d’une star du catch déchue qui jette un oeil dans le rétroviseur de la vie avec amertume et honnêteté. Superbe d’humanité. Et puis hier soir la première partie du CHE de Steven Soderbergh. J’aime beaucoup.

Lecture (comme la photo d’hier l’indiquait) du très beau livre de Pierre Assouline La cliente. Toujours aussi bien écrit, l’auteur nous plonge dans les méandres d’une recherche dans les archives de la France sous l’Occupation. Ses lettres de dénonciation « anonymes » feront des dégats pendant de longues années, longtemps après leur oubli.

Sept_09__1_Ce plongeon dans « l’administration de la guerre, la comptabilité de la haine, la bureaucratie du mal, tout cela me projetait dans un univers glauque. Moi qui croyais tranquillement vaquer à mon Occupation, j’étais happé par un courant dont j’ignorais tout sauf la puissance souterraine. »

« Entre ces deux extrêmes, entre l’abjection de conscience et le supplément d’âme, on trouvait le registre complet des accomodements, compromis et reniements dont la Révoution nationale entendait faire des vertus bien françaises. »

« Après des semaines passées à fréquenter cette triste humanité, ma capacité d’indignation demeurait intacte quand je lisais sur l’en-tête des accusés de réception ou de lettres de remerciement la mention « Etat français ». Au moins la République n’avait-elle pas eu à subir cet affront, maigre consolation. Mais c’était bien la France. Puisqu’elle avait inventé un Commissariat aux questions juives, l’occupant se fit fort d’y apporter des réponses allemandes. »

Sept_09__40_En menant son enquête dans le voisinage (« la bouchère, égout à confidences »), il finit par approcher et mieux connaître l’auteur d’une lettre concernant des amis proches. Dilemne.

« Je les croyais morts en déportation, ceux-là. » « Ceux-là...Ces deux mots, si anodins, avaient suffi à défigurer celle qui les avait employés. Prononcés sur le ton du dégoût maîtrisé qu’affectent les gens convenables, ils trahissaient toute l’arrogance dont je la soupçonnais vis à vis des gens d’en face. Plus que le cynisme, obscène en la circonstance, ils suintaient le mépris. »

« On peut tout dire, mais peut-on tout entendre ? »

Un livre fort et dense sur une période troublée.

« Quand la neige fond, ou va le blanc ? » Shakespeare

Et toujours cette pointe d’humour « il aurait mérité la métaphore météorologique par laquelle le Général résumait Malraux. Brumeux, avec quelques éclaircies. »

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08 septembre 2009

Instant

DSC0184117h50, le soleil se couche sur la baie de Kuta, "La cliente" de Pierre Assouline dans les mains, la vie est vraiment douce.

Posté par PEBTHEPEB à 11:52 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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