Le blog de PEB

Peb part pour de nouvelles aventures, une nouvelle vie. Blog destiné à ceux qui veulent suivre sa trace.

18 juin 2009

Recuerdos

jose_tomasComme je loge dans ma maison du bas, j’ai le temps de consulter tous les vieux documents entassés au long de ma vie bien remplie. C’est en se tournant dans le rétroviseur que j’ai plaisir a voir remonter à la surface de la mémoire vive des émotions fortes. J’en faisais déjà témoignage à l’époque dans mon « Journal » de corridas ou je mêlais commentaires personnels, articles de journaux et photos des corridas auxquelles j’ai assisté. Je suis retombé sur les premiers pas taurins de mon ami Christope (devenu celèbre depuis), de nos hésitations, de nos enthousiasmes ; sur les fêtes mémorables de la Féria de Nîmes (ouf, ses fins de nuits d’enthologie comme dirait Cédric) ; puis premiers pas à Séville, le temple de l’afficion. La découverte et le « suivi » de José Tomas, un torero exceptionnel. Bref que de bons, de grands souvenirs. Des photos du tout jeune Juli (encore un enfant). Mais aussi, la chute de Joselito, et tous ces toreros qui sont sortis de l’affiche au profit de jeunes gens plus brillants, que sont-ils devenus ??? Ca bouillonne là-dedans.

Je suis retombe aussi avec délice dans les commentaires de Zocato, un merveilleux connaisseur et conteur de tauromachie.

Jose_TomasAllez je ne résiste pas au plaisir de vous livrer un de ces passages picaresques à propos de toros de Palha à Séville : « Aux amoureux dela bravoure, le deuxième Palha, nommé « Guerrilheiro », numéro 146, 500 kg, a redonné l’espoir. Oui, Mesdames et Messieurs, il existe toujours, fleurs au naseaux, des buffles européens qui n’ont peur de rien, frémissent de tous leurs membres à la vue d’un cheval monté et s’élancent aussi fort que les lévriers sur les lapins mécaniques. La deuxième pique de Manuel Montiel, primée de la musique, fut un moment du genre, Dieu que c’est beau, un toro qui traverse la piste pour honorer le mot combat ! Sergio Martinez n’a rien compris. Ni face à ce toro, ni à son suivant meilleur encore. Deux toros de quatre oreilles, la porte du Prince, trentre contrats, une demi-douzaine de cadillacs, et la fille, même en exil, du Tsar de toutes les Russies. Des passes ça et là, des desplantes à contretemps, nulle lidia. La déconfiture totale. »

Et sur une corrida où il s’est tellement ennuyé, dont le commentaire s’intitule « Rêve de douche » : « Toréer c’est rêver. Se lever, jeter un oeil sur le cartel et l’azur, se dire quel luxe d’artistes, manger léger, vérifier dix fois son billet, choisir la chemise avec le veston, la pochette. Cirer les mocassins, calculer le bon havane, rectifier le pli. On est beaux conmme des toreadors. Un dernier regard au miroir, sur le meilleur profil, et la lumière allumée par superstition torera pour se dire qu’on reviendra vivant, adulé, triomphant, Séville à nos zapatillas, trois palais, quinze duègnes, quatre princesses et une marquise trahira son âge mais pas sa flamme. On la « conquistera » - nouveau verbe - au silence de l’alcove, à portes dérobées, le majordome complice. Elle aura sous le baldaquin une mantille de Manille, de la dentelle de Bruxelles, un postiche en pièce montée café-vanille. Coulera de nos veines un peu de Reverte, si jaloux du singe de sa maîtresse qu’il l’estoquera un matin de brouillard. Un brin de Belmonte et son suicide en robe de chambre, à la sieste, pour que le quartier s’interroge. Quelque chose de Manolete et ses ténèbres, de Dominguin, chantourné à la Gary Cooper, du Cordobes à la hussarde. Torero de jour et de nuit. Toreros et bandoleros. Diligences détroussées, le col de Despenaperros, sols et pistoles. Contes et légendes, mystère de demi-dieux, dieux, dieux et demi.

jose_tomas1Aujourd’hui est à part. Marcher vers la plaza c’est se croiser à chaque pas, ne plus savoir ou mettre la main qui ne torée pas. La cacher en triturant sa monnaie, faire semblant de saluer un ami, se gratter la tete. Aujourd’hui il y a Finito, Morante et Vega. Mozart, Garincha et Celine. Les arènes se précisent. On y croit. On se ment. Mais si c’était beau encore, neuf oreilles, Séville qui fait des passes dans la rue jusqu’à mardi prochain, neuf taxis formant l’improvisé d’un ruedo, cent braseros à Cordoue, Malaga à son balcon.

Douze mille matadors du lavabo convergent. Elle est ici, la Maestranza de nos Maestranzas. Des Mexicains ont déboursé 800 euros chaque siège, Pepe a revendu en douce la canapé de cuir, Manolo du club de chasse a promis quarante-quatre sanglier et neuf mouflons du comte de la Inexistencia qui ne le connait même pas. En arrivant au port, six patapoufs déguisés en toros et trois toreros qui ne rêvaient que de douche. »

Si ce n’est pas de la poésie...

Posté par PEBTHEPEB à 03:42 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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